L'étonnement serait de ne pas s'étonner*

Par Geneviève Lefaure, déléguée du projet Avignon Enfants à l’honneur

Avignon Enfants à l’honneur, une invitation à l’étonnement !
N’avons-nous pas appris ces dernières années, à l’école d’Edwige Chirouter, qu’une philosophie vivante s’ancre dans l’expérience du monde et que l’étonnement enfantin est bien la source de tous les apprentissages ?
L’étonnement, une philosophie de la vie, le voilà le fil rouge qui va nous relier, de spectacles en ateliers, en temps forts… tout ce que nous allons vivre ensemble, enfants et adultes, durant ces quatre jours, tel un petit laboratoire de vie.
Un laboratoire du monde dont nous rêvons. Une poésie de la vie.

Beauté étonnante que cette diversité des enfants rassemblés, celle de ces 400 enfants et de leurs passeur·euses, différent·es par leur origine géographique, sociale, culturelle, curieux·ses de ce qu’ils et elles vont découvrir. Certain·es sont déjà venu·es, un petit nombre, mais pour tou·tes c’est une première fois, car Avignon Enfants à l’honneur c’est toujours nouveau ! La boum incontournable, la Cour d’honneur emblématique d’une histoire que cette jeunesse est invitée à partager, immense, à la hauteur de la jeunesse et de l’image que nous en avons ! Ils·elles découvrent le théâtre comme un terrain d’immortalité où, au-delà du temps et de l’espace, de bien loin ou de bien près, nous rejoignent des voix, des chants, des danses, des mots qui nous lient aujourd’hui à tous les grands vivants. Chaque édition est une création, la vie est mouvement.

Qui sont ces enfants qui sont sur la scène de nos vies ?
“De quoi es-tu curieux·se ?” leur demande Sarah Carré qui, du collectage des réponses, créera une chanson, peut-être un hymne à la joie, celle d’être ensemble. Le sens de la vie n’est-il pas dans l’amitié, la fraternité ? Sont-ils “curieux du monde qui les entoure, des arts, des sciences et des autres, surtout des autres”, pour reprendre les mots de Philippe Gauthier. Comme nous, ils connaissent les bonnes surprises de la vie, mais aussi l’étonnement et l’effroi devant les pays en guerre, la planète abîmée, l’exil des enfants, les précarités grandissantes… Ils sont loin de l’innocence dans laquelle certain·es voudraient les maintenir, loin de l’enfance que nous avons pu connaître (quelle que soit notre génération !). L’infans n’est plus celui qui ne parle pas. Aujourd’hui ils sont ceux qui parlent, ce sont ces enfants-là que nous accueillons. A Avignon, tout commence par le jardin des Doms, les prises de parole des enfants du conseil municipal, l’enfance parle à l’enfance. Et nous parle.
Et nous, que leur disons-nous ?

Qu’ils sont importants pour nous, immensément ! Qu’avec eux les frontières éclatent et que, s’ils sont déjà 400 en Avignon, de par le monde ils ne peuvent plus être une minorité ignorée. Qu’avec eux, tout au long des journées, dans le partage de ce qu’ils sont, nous sommes amené·es à entendre les mots nouveaux des artistes, à en inventer d’autres, pour édifier ensemble un monde autre. Que Patrick Corillon, qui aime lire dans les visages des enfants les histoires qu’il leur livrera, leur donnera “L’Atlas du Tendre”, un voyage d’émancipation. “Qu’ils arrivent sur terre quasiment au début d’une histoire et non pas à sa fin désenchantée” (Ariane Mnouchkine). Qu’ils prennent beaucoup de place mais qu’il est encore plus important qu’ils prennent, qu’ils trouvent leur place.

Tel est le sens de leur présence ici, en Avignon, dans ce festival emblématique où ils ont toute leur place. Symbole de celle qu’ils prendront dans la société.
A vous, adultes qui lisez ces mots, artistes, professionnel·les de la culture et de l’éducation, vous dire que rien de tout cela ne peut exister sans vous. Qu’aux vents contraires qui à nouveau voudraient nous emporter, il nous faut résister ensemble, dans la solidarité.

Scènes d’enfance – ASSITEJ France est là, présente, avec vous, et vous donne rendez-vous :

  • le 11 juillet matin, pour le Temps fort dans la Cour d’honneur,
  • le 12 juillet à 18h30 au Village du OFF pour la rencontre annuelle de l’association,
  • le 13 juillet de 12h15 à 13h15 à la Scierie pour le lancement de l’Ethicomètre, outil d’auto-évaluation pour penser sa pratique aux regards des grands enjeux de société,
  • du 10 au 19 juillet, lors des Cartes blanches, rencontres professionnelles organisées par différents réseaux et collectifs.

*Edgar Morin

29 mai 2024
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