Les écritures jeune public en France, en Belgique et aux Pays Bas

22 novembre 2022
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Une collaboration s’engage entre auteur·rices

Qu’écrit-on ? Comment l’écrit-on, ici et là-bas ? Scènes d’enfance – ASSITEJ France, le Performing Arts Fund (Pays-Bas), Flanders Literature (Belgique), associées aux festivals De Betovering et Théâtre à tout âge, se sont réunis pour proposer le cadre d’un dialogue entre auteurs et autrices de théâtre jeune public. En français comme en néerlandais ou en flamand, l’écrit bénéficie d’une place importante dans la création pour l’enfance et la jeunesse de chacun des pays. Mais cette reconnaissance peut recouvrir des réalités différentes, concernant, en premier lieu, la place de l’auteur ou de l’autrice dans le processus de création, son statut social, et l’existence, ou non, de maisons d’édition spécialisées. Mais aussi des questions proprement culturelles : à quel public s’adresse-t-on, que veut-on et que peut-on lui dire ?

Une première rencontre s’est déroulée en octobre, durant le festival De Betovering, à La Haye, en présence des auteur·trice·s Caroline Stella et Ronan Mancec, Sanne Schumacher, Peer Wittenbols et de la dramaturge Martine Manten. Certains d’entre eux et elles se retrouveront à Quimper, autour d’un Petit déjeuner des auteurs consacré aux Pays-Bas (mardi 13 décembre à 8h30), et des spectacles dont l’écriture a été commanditée par Théâtre à tout âge à 7 auteurs, dans le cadre du dispositif CECOI. Les suites envisagées à ces temps de découverte réciproque concernent le 1er juin des écritures théâtrales jeunesse et l’exploration de possibilités de traduction depuis et vers chacune des deux langues.

Retour de De Betovering. (La Haye – Novembre 2022)

Sortir de la solitude de l’écriture pour aller rencontrer d’autres univers artistiques, d’autres appréhensions de notre métier et en échange se faire témoin de notre propre démarche, est sans cesse une façon d’aller de l’avant et de s’enrichir. Le plus gros cliché du monde et la vérité.

Cette rencontre à La Haye était sans aucun doute, le début de « quelque chose ». Nous nous sommes présentés en détail, auteurs, autrices et partenaires précieux et avons lancé les prémices de ce qui pourrait être la construction d’une passerelle entre deux pays où la place des auteurs/autrices et de l’écriture dans le maillage créatif, leur considération par les institutions culturelles n’est apparemment pas la même. Nous avons échangé liberté de création, entraves, limites (qu’elles soient géographiques ou contextuelles), droits juridiques. Rapport à l’argent (Parce qu’à la question« Les auteurs aussi doivent-ils manger ? » la réponse est oui ) Nous avons aussi discuté du cœur de l’écriture : de quoi peut-on parler ? Y a t’il une injonction à parler de certains sujets ou à en éviter d’autres ? Une inquiétude et une détermination commune à rester le plus libre possible dans nos choix artistiques et dans les thématiques abordées (D’ailleurs faut-il toujours qu’il y ait « thématique » ? Peut-on encore parler à un jeune public sans lui faire « la leçon », et dans le désir unique d’être traversés ensemble par une parole poétique ?).

Une question désarçonnante (parce que rare) nous est tombée sur le coin du nez : « Vous, auteur et autrices, de quoi auriez- vous besoin ? ». Il a été alors question de la circulation des textes et de comment les faire voyager au-delà des territoires. Édition. Traduction. Lectures. Invitations etc…

Ouvrir les vannes. Comprendre ce qui se joue ailleurs. Déplacer nos propres lignes. Voir qu’ici on ne joue pas pareil avec les mots, avec les corps… Se demander d’ailleurs, si ici, les mots ont la même place. Là, le théâtre est littérature. Mais est-ce que le théâtre ne doit être que littérature ? Ici priorité est mise sur ce que raconte le corps et sur les propositions scénographiques et plastiques, organiques. Le plaisir des mots et de la langue doivent-ils être amputés pour autant ? Avoir accès aux univers de l’un et de l’autre est sans aucun doute aller vers la découverte d’une autre couleur et donner accès à de nouvelles émotions.

Caroline Stella, autrice
Marraine du 1er juin des écritures théâtrales pour la jeunesse 2023