Par Fanny Spiess, co-présidente

Ceci est le premier édito de ma vie. Je ne dirige pas de structure culturelle, je suis rarement en relation directe avec le corps politique. Je travaille au côté d’artistes pour développer leurs projets et créer la rencontre de leurs œuvres avec les publics. Je ne prends donc habituellement la parole que pour défendre des créations auprès d’autres professionnels de la culture.
Alors aujourd’hui l’exercice m’effraie un peu, mais comme vous tous je ressens une urgence à exprimer haut et fort ce qui nous anime.
J’écris depuis un train, comme très souvent dans mon quotidien professionnel, mais ce voyage ne me mène ni vers des représentations, ni vers des répétitions ou une réunion d’équipe, bien rares en ces temps visio-conférencés. Je me rends Place de la Bastille à Paris, rejoindre ceux qui refusent d’être considérés comme une variable d’ajustement. Qui affirment que la culture est un droit universel, un bien public de première nécessité, une condition sine qua non pour que les être humains puissent vivre en société et non en meute ou en troupeau.
Je me rends Place de la Bastille car je crois profondément à la force collective. Je crois que la pensée et l’action solidaires constituent un réel pouvoir de lutte et de reconstruction. Je suis persuadée que nous pouvons, ensemble, agir pour contrer le dangereux aveuglement de ceux qui nous gouvernent. Car depuis le mois de mars, je vois partout dans notre secteur des élans de solidarité, des espaces de dialogue et de créativité, des projets en commun qui émergent et se déploient pour faire vivre la création au-delà des contraintes. Depuis le mois de mars, je passe mes journées à construire, de loin mais en connexion constante, des initiatives avec des artistes, des diffuseurs, des collègues, des partenaires, des conseillers institutionnels et bien sûr avec toute l’équipe de Scènes d’enfance – Assitej France. Cette année de chaos nous a permis d’éprouver notre capacité à nous unir et résister.
Face aux décisions arbitraires et incompréhensibles, ne laissons pas l’abattement prendre le dessus. Laissons la colère et nos croyances profondes surmonter la stupeur, gardons foi en nos forces toujours vives et en nos valeurs.
Plus que jamais notre société a besoin des artistes, de la création et de l’émancipation que nous défendons au quotidien. Soyons là et ne lâchons rien.

17 décembre 2020
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