Par Yvette Hardie, Présidente de l’ASSITEJ Internationale

L’ASSITEJ est née en France, a eu une riche histoire française* et le Comité exécutif se réunit en France pour la première fois depuis l’Assemblée Générale de Lyon en 1981… Nous sommes heureux de revenir dans notre lieu de naissance en décembre, et nous célébrons le fait que le théâtre jeune public français continue à tous nous inspirer dans le monde. Nous attendons avec impatience d’échanger avec des artistes français à Quimper, et d’élaborer des stratégies pour soutenir au mieux la famille mondiale du jeune public.

Les enjeux d’aujourd’hui prolongent ceux qui étaient au cœur de l’ASSITEJ lors de sa fondation en 1965. Rose-Marie Moudouès a parlé de la nécessité de “trouver une unité à travers les enfants et de montrer que l’on peut avoir des civilisations différentes et (quand même) vivre ensemble“… et ce désir d’un monde moins divisé n’est pas moins nécessaire aujourd’hui, car la division est devenue un outil majeur de certains leaders politiques pour susciter la haine et promouvoir leurs propres programmes.

La deuxième partie du projet originel était le “plein accès à la culture” pour les enfants, et ce thème est toujours d’actualité pour nous tous. Malgré la Convention relative aux droits de l’enfant de 1989, qui souligne la nature essentielle de l’accès des enfants à la culture et aux arts, nous avons encore un long chemin à parcourir pour réaliser cette vision dans toutes les sociétés du monde. À l’heure où nous constatons des réductions dans le financement de l’éducation artistique et de l’accès des enfants et des jeunes aux arts dans le monde, ce rêve semble encore plus loin de se réaliser. La lutte continue…

Et puis cette question, qui s’est toujours posée : comment les enfants devraient-ils participer aux arts – que devrait signifier la participation? Jusqu’où devrait-elle aller? Sur scène? Hors scène? Avant, après le spectacle? À l’école? Dans des ateliers périscolaires? Et quand les enfants participent, peut-on encore appeler ça de l’art? La participation a été l’une des questions déterminantes des années 1990 – le théâtre avec des enfants était-il une forme de théâtre valable? Pour de nombreux pays africains, où le théâtre avec/pour les enfants est monnaie courante, c’est la spécificité qui les a empêchés d’adhérer à l’ASSITEJ, qui qualifiait leur travail d’amateur.

Et pourtant… aujourd’hui, nous nous rendons compte que la participation des enfants à l’acte de faire du théâtre peut enrichir le spectacle. Les enfants sont des collaborateurs dans les processus de création, ils sont des co-créateurs avec des adultes, ils jouent avec des adultes, ou parfois seuls. Des compagnies comme Fevered Sleep, Kabinet K, Polyglot theatre, HetPaleis, Hillbrow Theatre Project et d’autres ont exploré ces domaines et produit du théâtre stimulant et engageant. Nous attendons avec impatience des discussions intenses sur ce thème alors que nous allons rencontrer des professionnels du jeune public de toute la France. Les anciennes questions demeurent, mais pouvons-nous trouver des réponses nouvelles et convaincantes pour notre monde en mutation rapide?

*25 ans sous la direction de Rose-Marie Moudouès de 1965 à 1990
15 novembre 2019
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