Par Audrey Jardin

Il y a un an, aux premières annonces de la vague épidémique, j’accueillais plutôt favorablement cette nouvelle idée de « distanciation physique ». Moi qui rechignais à ouvrir mon espace intime au premier venu, à devoir tendre la joue à n’importe quelle occasion pour saluer amis, collègues, famille d’une bise sonore… 

Et puis, avec la bise, ce sont tous les autres contacts physiques et sensibles qui s’en sont allés, souvent lourds de sens, ceux que l’on administre précieusement : accolades, embrassades, effleurements, pressions, poussées, serrements, appuis … Pour moi, il n’y a rien qui soit plus éloquent qu’un geste, un mouvement. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’évoluer dans un monde vidé de ses corps, un monde que l’on aurait recouvert d’un glacis, un monde fait de pelouses sur lesquelles il est interdit de marcher. Amis, collègues, famille, vous autres, votre parfum me manque, votre chaleur me manque, votre corps me manque ! Aujourd’hui, j’ai peur qu’à travers ces contacts sensibles qui nous font défaut, ce soient nos relations qui s’étiolent, notre rapport au monde qui s’appauvrisse, qu’on se referme comme des huitres dans nos coquilles. 

A cet endroit en particulier, je crains pour nos enfants. Alors que Sophie Marinopoulos défend une politique de la relation, une politique publique forte en faveur de l’éveil artistique et culturel dans le lien parent-enfant, nous nous enfermons de nouveau. Nous réduisons le spectre de l’éveil à la seule éducation par l’école. Nous coupons nos enfants de toutes possibilités d’altérité, de questionnements au monde, de capacité d’étonnement. C’est la journaliste Titiou Lecoq qui constate tristement qu’après plusieurs mois de crise sanitaire, de discours belliqueux, de culture de la peur, ses enfants n’ont plus la curiosité, plus l’envie de découvrir le monde au-delà de leur maison*. Alarmons-nous ! Poursuivons les interpellations aux Ministères comme l’a plusieurs fois déjà fait Scènes d’enfance – ASSITEJ France. 

Vite ! Abolissons les obstacles entre nos corps et celui des autres, plus d’écran entre collègues, plus de radio entre la voix des comédiens et nos oreilles, plus de Plexiglas entre nos mains et celle des autres, que les murs de nos chez-soi explosent pour se réveiller au contact du dehors ! 

Que les effusions d’amour et de bienveillance des membres de l’ASSITEJ Internationale les uns envers les autres aillent au-delà des mots sur un chat zoom !
Que les artistes français sélectionnés pour le Congrès s’enivrent des cerisiers en fleurs de Tokyo !
Que nos enfants puissent sentir cette envie folle de danser que l’on ressent quand on est au spectacle !
Que les artistes, les spectacles, puissent à nouveau nous toucher !

Réveillons nos épidermes ! Sauvons notre peau ! 

Audrey Jardin, membre du Conseil d’administration

Lire l’article de Titiou Lecoq : cliquer ici
13 avril 2021
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