Par Geneviève Lefaure

– Quand le monde a mal, je l’apaise, je l’équilibre, je lui fais contrepoids
– Ah, et comment tu fais ?
– Je crée de la beauté.
– Comment tu crées de la beauté, toi ?

Karin Serres

Enfants du covid, enfants du réchauffement climatique, enfants d’une planète qui ne tourne pas rond, enfants de la guerre… Peuvent-ils être encore des enfants ? La presse aujourd’hui parle de ces enfants qui en une nuit deviennent des adultes, de ceux.celles qui, seul.e.s ou avec leurs parents, prennent la route de l’exil, de ceux.celles qui restent dans le vacarme des bombes, se terrent dans les abris.

Adultes, notre désarroi est immense : comment ne pas faire de ces enfants ceux de notre désespérance ? Comment ne pas réentendre les mots de Paul Celan : « Tout poème aujourd’hui tend à se taire, il se tient au bord de lui-même, marchant sur la tête sous un ciel en abîme ». Comment conjurer la peur ? La peur des enfants en souffrance, d’abord, mais aussi la peur qui dépasse les frontières et vient atteindre les enfants que chaque jour nous côtoyons. Aujourd’hui, la guerre n’est pas un jeu, mais une tragédie qu’ils peuvent suivre en direct sur les écrans, sur les réseaux sociaux, dans leur correspondance avec de jeunes Ukrainien.ne.s, dans les conversations des adultes… La guerre est entrée dans leur cour de récréation.

Comment être attentif·ve·s, écouter la parole de cette jeunesse, la prendre en compte et chercher avec elle ? Nombreux·ses sont les pédopsychiatres, enseignant·e·s, philosophes, journalistes, artistes, à réfléchir et à s’exprimer dans les médias. Pour nous, Scènes d’enfance – ASSITEJ France, comment ne pas se sentir concerné·e·s ? Notre engagement est celui de l’art, du spectacle vivant, de l’art qui fait grandir, des mots qui construisent, des gestes qui rassurent, qui consolent et permettent de « rencontrer l’autre » (Hannah Arendt), de « garder en vie cet espoir des Lumières » (Edwige Chirouter, Chaire Unesco). Les arts, depuis les premières heures, sont l’inscription de notre humanité sur notre planète

En portant « l’Enfance des arts » avec un collectif d’associations, nous affirmons et réinterrogeons la relation de l’enfant avec la parole artistique, avec la création, en résonnance avec le monde dans son actualité. Notre engagement pour la cause des enfants réunit les espaces de l’imaginaire et du politique et ouvre des espaces artistiques dans leur grande diversité. « Tout instant de beauté créé ici fait contrepoids à la violence du monde. » (Karin Serres).

Poser cette question, c’est d’une part interroger l’enfance, son droit à l’insouciance, sa confrontation avec la tragédie de la vie, écouter son immense appétit de vivre, lui faire confiance et lui laisser des fenêtres ouvertes sur la poésie de la vie.

C’est aussi travailler à la mise en place de politiques d’émancipation et interpeler les candidat·e·s à la présidentielle sur la place essentielle, au cœur de notre projet de société, de la création artistique adressée à la jeunesse.

C’est enfin être solidaires de ceux.celles qui luttent pour leur liberté. Avec eux·elles, là où nous sommes, posons quelques pierres pour habiter un monde où, jeunes et adultes, nous pourrions vivre ensemble.

Une terre où résonneraient, plus fort que les fureurs du monde, les rires des enfants, « l’art de la joie ».

 

 

17 mars 2022
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